Lendemain de Noël au boulot...
Pas vraiment envie de travailler, pas vraiment de travail d'ailleurs... Personne au boulot (10 à tout casser sur la centaine habituelle), tout ça sent le lendemain de fête. Ca laisse le temps de ruminer.
Ruminer sur son travail.
Je suis ingénieur en informatique et je travaille au sein d'une société de services (SS2I pour les non-profanes) française qu'il n'est pas utile de nommer tant elles se ressemblent toutes par de nombreux points de vue. J'ai pactisé avec le "diable" il y a bientôt un an et demi, une période où le marché du travail était bien morose (encore pire qu'aujourdhui...), un peu contraint et forcé : "contraint et forcé" parce qu'aucune offre à laquelle j'avais répondue d'ici là n'avait débouché sur une proposition, "un peu" parce que des amis s'étaient faits embaucher dans cette société et donc l'environnement ne me serait donc pas totalement étranger. La société de services est un univers très particulier. On y côtoie de tout : des carriéristes aux dents longues, des fondus d'informatique et des paumés qui se demandent bien ce qu'ils foutent là. Je vous laisse deviner la catégorie à laquelle j'appartiens (indices : je n'ai jamais eu besoin d'aller chez un othodontiste et la vue d'un ordinateur m'émeut autant que l'émission "Le jour du Seigneur" sur France 2).
La 1ère journée de travail est très importante dans ces sociétés. Il y a l'inévitable briefing avec le chef de projet pour t'expliquer ton rôle et puis la présentation aux autres employés (passage de bureau en bureau avec une secrétaire : "Bonjour, voici Jean-Christophe qui va travailler à partir d'aujourd'hui sur le projet machin"). Et puis, une fois posé, on retrouve les fameux amis qui te proposent d'aller prendre un café. Salle à café, dizaine de personnes qu'on ne connait ni d'Eve ni d'Adam, serrage de mains pour les hommes et... bises pour les filles. Je suis peut-être vieille France mais toucher les joues d'une personne que je ne connais pas avec mes lèvres, ça me gêne toujours un peu, surtout dans le cadre professionnel.
Mais le pire moment, ce fut quand je me suis retrouvé face à une ancienne prof qui n'avait sans doute pas été pour rien dans mon recrutement. Bises et tutoiement à 10h du matin la 1ère journée alors que 6 mois plus tôt, tu la vouvoyais... Je me suis revu dans son bureau à la fac 3 mois avant pour lui raconter mes galères de stage d'alors. Elle m'avait vanté sa société de services où le boulot était soi-disant super intéressant, l'ambiance géniale, etc. J'ai appris par la suite qu'elle couchait avec le directeur de l'agence de la société à Bordeaux et quand la direction a changé 4 mois après mon arrivée, elle s'est faite virer en 6 mois. Belle ambiance, effectivement...
Et puis, il y a le fonctionnement quotidien de la société : débauchage permanent pratiqué par les chefs de projet pour lesquels on ne travaille pas, heures supplémentaires non payées (j'ai de la chance, je n'en fais pas), enjolivage avantageux des CVs présentés aux clients (mon chef : "t'as déjà travaillé sur cette techno ?" moi : "euh une journée, il y a 2 mois." mon chef : "bon, ben on dira que t'es expert. mais bon, faut pas se planter sur cette mission, elle est super stratégique !") et la culture d'entreprise puissance 10 (un autre jour, je vous parlerai du rôle du sport le midi avec les chefs). Sans parler du salaire de base, inférieur au minimum conventionnel et qu'on gonfle avantageusement (pour la direction) avec des primes...
Alors les lundis de lendemain de fête au travail, on se (re)demande ce que l'on fout ici et pourquoi on ne met pas les voiles. On peste contre les offres d'emploi que l'on trouve sur le web car s'il faut retourner dans d'autres SS2I, on peut se demander à quoi bon (on saît ce que l'on quitte mais on ne saît pas ce que l'on prend). Je me remémore aussi une remarque qui m'a été faite il y a quelques semaines par l'ami que j'ai (j'avais ?) dans cette boîte et qui adhère totalement à son fonctionnement : "toi, tu gueules, tu dis que tu veux te barrer mais au final, l'année prochaine, tu seras encore ici." Et PAF ! Dans les dents, il a tapé en plein dans le mille. J'ai parfois l'impression d'être pris au piège de cette société contre laquelle j'aurais envie de me rebeller mais que je n'arrive pas à quitter. En fais-je assez ? Est-ce que je recherche vraiment un autre boulot ? Ou alors est-ce juste une sorte de mirage que je me plais à contempler pour me faire tenir dans ma situation actuelle ?
Ruminer sur sa famille.
Je vais me marier bientôt (le 1er Avril 2006 pour être précis). J'en suis très heureux car j'aime plus que tout ma future femme (ça fait drôle d'employer ce terme) et parce que nous avons enfin décidé de sauter le pas. En effet, depuis quelques années, nous jouions avec mon amie un sorte de danse qui nous permettait d'éluder cette question... Pour quoi faire, pourquoi maintenant, qu'est-ce-que cela va changer à notre vie ? Et puis, il y a maintenant un an environ, nous nous sommes rendus compte que nous fuyions notre mariage par peur de nos familles respectives. En fait nous avons tout 2 gardé un mauvais souvenir des mariages de nos soeurs respectives et des heurts causés par les demandes des uns, qui bien sûr ne convenaient jamais aux autres.
Mais nous avons choisi de nous "heurter" à nos familles avec nos règles du jeu (choix des invités, du lieu, ...). Autant dire que cela n'a pas été bien accepté mais nous avons tenu bon et les choses se simplifiaient lentement mais sûrement à propos du mariage depuis quelques semaines. Noël arrivant, mes parents ont décidé d'inviter les parents de ma future femme pour le lendemain du réveillon. On allait donc parler du mariage pensions-nous. C'était être bien naïf... Nous avons assisté à une formidable compétition de danse acrobatique entre nos 4 parents dont le seul but était de ne surtout pas parler du mariage.
J'ai été profondément déçu de cette situation même si au fond, je m'attendais à ce jeu de dupes. Mais aujourd'hui, je crois que la déception laisse place à une colère sourde et, assez contradictoirement, à un sentiment d'impuissance. Je n'accepte pas ce comportement de nos parents mais en même temps je me sens incapable d'exprimer cette colère à leur égard. Alors je la ressors sur d'autres personnes de mon entourage (mon amie notamment). J'ai aussi remarqué que, depuis quelques temps, je ne pouvais plus rien faire sans soupirer, ce qui, me semble-t-il, provoque cette même sorte de colère sourde chez mon amie qui ne sait plus par quel bout me prendre. La grande forme pour les fêtes quoi...
C'est bizarre comme cette situation peut être tout à la fois fondatrice et destructrice. Fondatrice d'une nouvelle communauté, d'une nouvelle famille et destructrice sur le plan des relations avec notre propre famille. "Du passé, faisons table rase".
Comment on dit déjà ? Ah oui, joyeux Noël...
JiCé
PS : j'allais oublier... un entretien très intéressant de Nicolas S. dans Libération (les "ruages dans les brancards" de l'animal sont bien drôles)...
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