Lundi 13 février 2006 1 13 /02 /Fév /2006 22:14

Alors voilà, depuis quelques semaines, tout le monde s'énerve sur les fameuses caricatures de Mahomet. D'un côté, les (plutôt des) musulmans qui considèrent que ces caricatures sont offensantes et islamophobes et de l'autre les journalistes qui considèrent que rien ne doit entraver la liberté d'expression, et surtout pas le blasphème.

De quel côté se situer ?

Aussi bizarrement que cela puisse paraître, je n'avais pas encore vu l'intégralité des caricatures et je n'ai pas eu l'occasion d'acheter "Charlie Hebdo". J'avais, bien sûr, vu celle posant problème, représentant Mahomet avec une bombe en lieu et place du turban mais pas les autres. Un coup de google et hop, les caricatures sont devant moi.

1ère : bon, on ne peut pas vraiment l'accuser d'être islamophobe (ou il faut m'expliquer). Elle est plutôt drôle car elle sous-entend que la non-représentation d'une personne provoque au final une méconnaissance de cette personne (c'est mon humble opinion).

2ème : mouais... Elle pose la problématique de la représentation. On peut supposer que c'est l'état d'esprit dans lequel s'est retrouvé le caricaturiste. Passons.

3ème : je reconnais Bill Gates (ça doit être une déformation d'informaticien) !!! Sinon, j'ai du mal à comprendre ce qu'a voulu faire passer l'auteur.

4ème : pas de quoi fouetter un chat, elle représente Mahomet comme un simple voyageur.

5ème : je ne la comprends pas. Je ne vois pas ce qui est représenté, ça n'a aucune forme !!! Sinon, qu'il y a l'étoile de David et le croissant arabe mais... Je passe.

6ème : plus dure celle-ci mais assez pertinente a priori et a posteriori. Elle montre Mahomet lisant une caricature, arrêtant 2 terroristes (le 2ème en arrière-plan a une bombre entre les mains) en leur disant : "Doucement, ce n'est qu'un danois athée qui l'a dessinée." Elle sous-entendrait qu'un non-musulman représentant le prophète, ce n'est pas grave mais qu'un musulman le faisant, ce le serait... Les actualités ont fait mentir cette caricature. Plus sérieusement, elle pose le problème de la représentation d'une croyance ou du symbole d'une croyance par un non-croyant et de son importance auprès des croyants.
Juste une remarque : j'ai regardé "Ripostes" hier sur France 5 dont un des invités était un caricaturiste Algérien nommé Dilem ("Quel dilemne pour un caricaturiste de représenter le prophète aujourd'hui !", désolé pour le mot d'auteur mais il m'a semblé évident en écrivant son nom) et qui expliquait que s'il avait représenté le prophète dans une caricature, son espérance de vie serait de 12 minutes. Cela me fait froid dans le dos.

7ème : le plus drôle à mon avis. Mais aussi, le plus triste au final... Des kamikazes qui se sont faits sauter arrivent au paradis comme on leur a promis. Mais Mahomet refoule les malheureux en leur annonçant que le fameuse promesse des 70 vierges ne pourraient être tenus du fait de la trop grande affluence de kamikazes. Plusieurs questions me viennent à la vue de cette caricature. Jusqu'où peut-on aller pour défendre ses convictions ? Quelle est la frontière entre l'engagement et l'extrémisme ? Mais surtout, qu'est-ce qui peut pousser un homme ou une femme à se faire sauter dans le but de tuer aveuglément un maximum de personnes ? Il faut peut-être aussi s'interroger sur la souffrance qui les poussent à ne voir que la mort comme seule solution à leurs peines...
Par ailleurs, j'ai entendu quelque part à la télé et à la radio que le terme "vierge" était un contre-sens et qu'il fallait traduire "grappe de raisin". Des arabophones parmi les lecteurs qui pourraient m'éclairer à ce sujet ?

8ème : LA fameuse caricature qui serait à la base de tout le reste. Choquante ? Assurément. Raciste ? Sans aucun doute. Ce qu'il y a de plus détestable, à mon sens (c'est à dire occidental athée que je suis), c'est qu'elle tente de faire l'amalgame entre les musulmans et les terroristes. Elle attise donc la xénophobie latente (quoique pas tant que ça) envers les arabes dans notre société européenne : ils nous volent nos emplois, ils se font sauter chez nous... Autant de portes enfoncées qui ramènent 70 ans en arrière.

9ème caricature : le plus malin, celui qui joue à fond le second degré. Il montre un élève dont le nom est Mohammed (au fait, le prénom Mohammed est-il une déformation de Mahomet ?) et qui montre un texte en perse. Au final, une mention indique que le caricaturiste est un trouillard qui ne comprend pas pourquoi la peur des musulmans envers la liberté d'expression. Une jolie pirouette je trouve, mais quelque part, le caricaturiste ne fait pas bien la différence entre les musulmans dans leur généralité qui, je crois, sont loins de craindre cette liberté et les islamistes qui s'en accomodent largement pour plonger un peu plus jour après jour les masses dans l'obscurantisme (à la différence de la une de Charlie Hebdo qui s'en prend aux intégristes et uniquement à eux).

10ème caricature : la tête de Mahomet dans un croissant arabe avec l'étoile à la place de l'oeil droit. Je ne vois pas trop la portée caricaturale ou polémique du dessin. Si quelqu'un peut m'éclairer à ce sujet...

11ème caricature : Mahomet avec les cornes du diable (mais jaunes !). Plutôt nulle je trouve et sans intérêt.

12ème caricature : si la légende mentionnait que c'était un islamiste et non Mahomet, je l'aurais trouvée superbe. Mais là, on retombe dans le même travers que pour la 8ème : l'amalgame entre la religion et les terroristes (en l'occurrence des bouchers). Comme quoi la légende est aussi importante que le dessin...

Me voilà bien avancé maintenant. Je les connais toutes maintenant, ces caricatures, mais je ne sais toujours pas s'il fallait ou pas les publier (mis à part les 8, 11 et 12 qui sont stupides ou inintéressantes et toutes bêtement racistes et qu'il n'était donc vraiment pas utile de publier). S'il est blasphématoire de représenter Mahomet pour un musulman, l'est-ce tout autant pour un non-musulman ? La réponse est oui ! Car assurément, les croyants n'ont pas le monopole du blasphème.

Mais dans une Europe démocratique et laïque, et a fortiori dans un pays comme la France où l'Eglise et l'Etat sont séparés depuis tout juste 100 ans, le blasphème rentre-t-il dans le cadre de l'application de la liberté de la presse ?

Puis-je dire du mal d'une religion sans dire du mal d'un croyant ? Je le crois assurément. Mon futur témoin de mariage est musulman et je suis athée. Nous nous sommes déjà entretenus plusieurs fois au sujet de la religion et il saît combien les religions (sans distinction aucune) me hérissent le poil. Néanmoins, jamais nous ne nous sommes accrochés à ce sujet car si je n'éprouve aucun respect pour la religion en tant que telle, je le respecte lui, pas en tant que croyant mais en tant que personne, douée de raison et dont la raison lui intime sa foi.

Je me sens le droit de blasphémer n'importe quel Dieu, n'importe quelle religion ou croyance sans pour autant être xénophobe. Je revendique le droit de critiquer Israël et sa politique sioniste sans pour autant être antisémite. Je revendique le droit de mépriser les paroles de Mahmoud Ahmadinejab niant pûrement et simplement la shoah (mais peut-être n'a-t-il jamais visité Auschwitz et vu sa grand-mère pleurer sa mère un matin d'hiver glacial à Drançy devant un wagon à bestiaux ?) sans pour autant être islamophobe. Je revendique le droit, enfin, de vomir ce pape qui nie aux femmes le libre droit de disposer de leur corps et qui interdit aux africains le droit au préservatif car seule l'abstinence peut être salvatrice et rédemptrice.

Pour conclure, je reprendrai les mots du dictionnaire culturel en langue française, d'Alain Rey, sur la liberté de la presse et d'expression : "[...] Il est sans doute aussi facile que dangereux d'oublier le combat pour la liberté de la presse et sa signification, même si ce combat se poursuit dans de nombreux pays où la censure règne encore en maître. Mais cet oubli même ne peut se comprendre si l'on omet de le relier à un oubli semblable, qui est celui de la rigueur et de l'honnêteté qui seules peuvent permettre de se rendre digne de cette liberté de la presse que tous - ses détracteurs comme ses usagers - considèrent comme un acquis."

La liberté de la presse n'a de sens que si elle n'est entravée ni par le mensonge (par omission ou par raccourci comme certaines de ces caricatures) ni par la bien-pensance castratrice.

JiCé

Par JiCé - Publié dans : au jour le jour...
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